Maine de J. Courtney Sullivan

courtCe roman qui sacre la famille et les relations humaines entre sœurs, frères, mère ou grand-père les plus inavouables est comme une entrée discrète dans un monde qui serait à la fois intime et universel. On y plonge comme si c’était notre famille. Celle faite d’hommes et de femmes très différents mais avec un intérêt pourtant commun, l’héritage. Celui qu’on se transmet de génération en génération, celui qu’on traine ou dont on est fier.

Les grands souvenirs comme les petites anecdotes.

Et pourtant, cette famille imaginée par l’auteure n’est pas la nôtre. Soulagés à certains moments, on se rassure en nous disant que non, décidément, ce n’est que de la fiction. Que les situations de ce bouquin ne peuvent pas être « vraiment vraies ». Et pourtant, on relit, on tourne les pages qu’on vient de lire pour mieux comprendre et on a l’impression d’être la personne qui a écrit ces lignes frappantes de vérité. Les quatre femmes qui prennent tour à tour place dans les chapitres de ce texte ressemblent peut-être à quelqu’un que vous côtoyez au repas du dimanche, au Noël passé entre proches ou au détour d’une visite chez un de vos grands-parents.

Chez les Kelleher, on emmagasine pas mal les regrets et la culpabilité. On vit avec des étiquettes qui sont dures à décoller. Depuis les années 40, une maison est au centre des souvenirs, là où se retrouvent les fratries et les pièces rapportées. Un lieu pour un été où les souvenirs vont ressurgir.

Ces quatre bouts de femmes, Maggy, Ann-Marie, Kathleen ou Alice, vous rappelleront peut-être des caractères, des esprits qui vous auront frappés, blessés ou enjoués dans le passé. Et si elles ne vous disent absolument rien et que vous n’y voyez aucune similitude- c’est possible- laissez-vous porter par le vécu et l’expérience de cette lignée familiale et féminine impitoyable. Vous n’y perdrez rien et cela pourrait même vous faire mieux apprécier la vie. Et (ou) votre famille.

Courtney Sullivan, au gré de nos questions, nous explique. Elle peaufine les détails, entre dans l’intimité de son écriture et de ses méthodes. Journaliste au New York Times, elle n’a pourtant pas l’écriture journalistique en trop. Un roman est un roman et ça elle maitrise avec brio. Un livre léger comme pourrait l’être un livre féministe sans grand intérêt me direz-vous ? Loin s’en faut. Comme dans son précédent livre, Les débutantes, on prend plaisir à découvrir des personnalités fortes et comme le dit l’auteure elle-même, à assister à la « naissance » de Maggy, trentenaire qui en a un peu ras-le-bol des non-dits, la réflexion d’Alice, rongée par les remords ou la prise de conscience d’Ann-Marie. Il suffit d’un événement, d’un petit grain de sable dans les rouages pour bousculer les apparences et le quotidien qui, normalement roule plutôt pas mal. Un beau prétexte non pour tout remettre en question et mieux avancer ?

Ces nanas, un peu névrosées et qui ont du mal à assumer ce qu’elles sont en dehors de leur famille et des statuts qu’elle impose au début du roman vous blufferont jusqu’à la fin.

Téméraires, vaillantes, agaçantes, pour sûr, mais attachantes, elles vous refléteront peut-être une part de vous. Et même si vous ne voulez pas l’accepter, si, si regardez bien, ça pourrait vous surprendre. Alors quand on pose la question à Courtney, celle qui me trotte depuis la lecture de ce livre, comment elle peut écrire avec tant de véracité des situations, des sentiments, les blessures et les rancœurs sans les avoir peut-être jamais vraiment vécu, elle répond que la vie s’observe et s’écrit. Même avec distance. J’ajouterai que le petit plus doit être là, tout juste au niveau du cœur.

Un roman à découvrir en ayant lu ou non son premier roman, qu’importe du moment que vous preniez plaisir à lire les deux. Un gros moment de plaisir qui pousse à réfléchir sur sa propre famille, au passé mais surtout au futur ! Ici, on ne saute pas de situation en situation. Au contraire, avec légèreté et subtilité, Courtney Sullivan nous force à nous poser les bonnes questions auxquelles vous trouverez surement vos réponses. Un livre qu’on aurait voulu écrire, si tant est que la notion soit un peu délicate au sein de sa propre vie. Merci donc à l’auteure qui en a eu le cran !

Et comme même les meilleures choses ont une fin- quelques photos volées, un sourire accroché au souvenir, une dédicace en mémoire- nous nous quittons dans la chaleur étouffant des rues parisiennes. Un grand remerciement aux Éditions Rue Fromentin et un chaleureux Merci à Courtney Sullivan pour son naturel et sa simplicité.

Un autre avis du Café Powell qui a également aimé!

Maine, Rue Fromentin, 2013.

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3 réflexions sur “Maine de J. Courtney Sullivan

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