La vérité sur Frankie de Tina Uebel

La vérité sur FrankieLa littérature allemande a de beaux jours devant elle. Dans l’ombre des polars nordiques de ces dernières années, elle consacre pourtant des auteurs qui méritent d’être lus. On connaissait le célébrissime Philip Kerr et sa trilogie Berlinoise, véritable chef-d’oeuvre policier mais pas uniquement puisque l’histoire avec un grand H y avait sa place et son rôle à jouer.

On a découvert Nele Neuhaus avec Flétrissure, polar savamment construit sur fond de nazisme et de seconde guerre mondiale qui vous happe et vous instruit.

Il y a toujours, dans l’écriture de ces romanciers, une pointe d’engagement.

Qu’il soit politique ou historique, ce supplément d’âme se ressent à la lecture. Les univers y sont stricts et assez peu loufoques.

On entre avec pudeur dans des vies de personnages qui tiennent leur vie avec rigueur et presque gravité. Et pourtant on y entre avec plaisir.

Tina Uebel arrive à nous prendre par la main et à nous installer dans ce petit bureau où un à un, Christoph, Emma et Judith vont raconter. Raconter leur vie de reclus pendant quelques années. Leur enfermement, leur rencontre avec Frankie. Leur torture physique et mentale. Leur existence réduite à presque rien. Pourtant, ils avaient la vie devant eux et des projets à ne plus savoir quoi en faire. Etudiants aux préoccupations de jeunes adultes insouciants, ils ne s’imaginaient pas une seconde connaître l’horreur.

Mais Frankie a su les mettre en confiance. Petit à petit, en leur faisant imaginer des missions qui n’ont jamais existé et en sachant inventer des fantasmes et des désirs inimaginables, les trois amis n’ont plus vu que cet homme, leur mentor, leur maître. Plus aucun contact avec l’extérieur ou presque.

Quelques appels à une famille affolée qui envoie un peu d’argent de temps en temps… Une paranoïa entretenue pour mieux contraindre les deux filles et le jeune garçon à ne pas avoir envie de s’échapper. Puis, de fausses identités, une vie « normale », un faux prénom et un semblant de relations sociales. Les apparences sont trompeuses, rien de ressemblant à une vie mais plutôt une surveillance contrôlée.

Il ne suffisait pas seulement de survivre mais de compter, malgré tout, sur chacun pour ne pas s’entre-tuer.

Chose facile, croyez-vous ? Pourtant l’instinct de survie est fragile…

Un roman fascinant et très intriguant. Basé sur un fait divers anglais qui a mis le pays en émoi, l’histoire est perverse et violente.

Tina Uebel a construit, cependant, un texte qui donne par moment des espaces plus libres où chacun peut, à sa manière, respirer et prendre un peu de recul face à la manipulation de Frankie que l’on ne connait qu’à travers le vécu des personnages. Chaque personnage prend la parole qui est retranscrite sous forme d’enregistrement minuté. Une structure qui vaut le détour.

Au fil des chapitres, l’auteure réussit à nous perdre. On ne sait plus qui croire et comment telle ou telle situation s’est vraiment déroulée. On n’entraperçoit Frankie, qu’on n’imagine pas uniquement comme un sale type mais plutôt comme un homme qui n’a pas la même « normalité que tout à chacun…. Même sur nous, la manipulation et le syndrome de Stockholm fonctionnent et c’est ça qui est très troublant.

Nous nous imaginons très facilement à la place d’un des jeunes étudiants et nous nous posons cette question, et moi que ferais-je pour survivre ?Tina_Uebel_c_Stefan_Malzkorn

Un pari réussi pour cette allemande qui écrit avec un style bien à elle.

Ni poétique ni journalistique, la lecture est fluide. Le livre aurait pu être raccourci de quelques pages, oui, reconnaissons-le, aux trois quarts du roman, on a envie de savoir la fin! Seul bémol pour ce polar qui ne vous laissera pas indifférent de toute façon et bouculera encore et encore vos idées reçues sur l’amitié, les convictions et la dignité.

++ Un article intéressant dans Lire 

Et les autres, ils en pensent quoi ?

Tina Uebel puise son inspiration dans cette histoire aussi ahurissante que sordide. Toutefois, elle ne cède pas à la facilité, qui aurait consisté à romancer les turpitudes du faux espion pas au service de sa majesté. Unwalkers

Au final, la bonne idée de départ et l’analyse assez fine des ressorts de la manipulation psychologique (à tout le moins, donc, une fois que les personnages sont passés définitivement sous l’influence de Frankie), perdent de leur intérêt face à l’étirement du texte (quelques 360 pages et des brouettes) et à la litanie des nouvelles planques et des mauvais traitements qui se succèdent et provoquent une juste lassitude du lecteur. Très intéressant sur le fond, La vérité sur Frankie se révèle donc plutôt décevant sur la forme. Encore du noir

La vérité sur Frankie, Tina Uebel, Ombres noires, 2013

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