Shokuzai- Celles qui voulaient se souvenir de Kiyoshi Kurosawa

shokuzaiRegarder un film asiatique c’est comme laisser derrière soi des bagages à la sortie d’un avion qui nous aurait emmené à l’autre bout du monde. Accroché à nos préjugés comme à la poignée d’une valise, on serait tenté de nous agripper pour mieux comprendre ce paysage inconnu qui s’étale devant nos yeux.

Mais non, ce n’est pas autorisé et admettons-le, c’est nettement plus excitant.

Alors, on tâtonne. Et avant d’être spectateur d’un bon film asiatique il faut écouter. Suivre les conseils et ne pas se résigner.

Après Ivre de femmes et de peinture réalisé par le sud-coréen Im Kwon-taek, film non moins intéressant mais quelque peu obscur si comme moi vous n’avez aucun code de la culture cinématographique asiatique puis après Deux soeurs de Kim Jee-woon-un confrère sud-coréen également-film effrayant mais dans lequel il m’a été plus facile d’entrer (ici, on peut enfin s’identifier un peu et comprendre les messages passés) et The host de Bong Joon Ho (encore un coréen!), film d’horreur qui fait sourire voire vous paraît ridicule et absurde si vous n’avez pas les clefs en main, je me suis relancée. Non sans crainte mais avec beaucoup de curiosité.

Bien accompagnée, je me suis donc rendue à la séance de Shokuzai, volet premier. 1h59 assise dans une vieille salle de cinéma parisien plein de charme, c’est parti, ça tombe bien, je suis en forme.

Au début, l’histoire est pourtant assez classique. Un petit village japonais, quatre jeunes filles qui accueillent avec politesse et amitié Emili, la nouvelle élève. Mais la main du destin ne choisit pas les personnes au hasard et Emili est victime d’un inconnu. Presque sous leurs yeux, la fillette est violée puis assassinée.

Les fillettes ne se souviennent de rien. Plus de bribes de souvenirs de l’homme qu’elles ont, elles aussi, croisé, c’est la mémoire percutée par le choc. Mais la mère d’Emili ne veut rien savoir, elle aura sa réponse. Aujourd’hui ou demain mais elle n’abandonnera pas. Deux des quatre fillettes ont grandi. Devenues femmes, Sae et Maki ont bien du mal à vivre avec le poids de la culpabilité… Que sont-elles vraiment devenues ?

Un très beau film qui met à l’honneur l’esthétisme et la recherche des détails même sur un long métrage. Japonais, le réalisateur semble avoir à cœur de représenter une société authentique et décrite de façon la plus fine. Les bons côtés comme les penchants les moins nobles y sont représentés et on remarque avec force l’importance de l’honneur, la culpabilité, la résilience forcée et le pardon.

Sobres et d’apparence neutres, les coutumes se veulent les plus nettes possibles afin de montrer une culture sans tâches, droite et respectable mais tout le paradoxe réside dans la volonté de cacher ce qui ne se montre pas. Comme dans toute société, on devine la solitude, les vices et la force du qu’en dira-t-on. Les personnages incarnent tout cela à la fois et les situations ne font qu’exacerber cette antinomie à peine croyable.

Un film qui mérite d’être vu et qui redonne aux films asiatiques toute mon estime.

Shokuzai, celle qui voulaient se souvenir, Kiyoshi Kurosawa, 2012

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