Mathieu Robin, génération engagée.

mathieuRobin

Pour sa première rencontre avec un auteur, un vrai, A chacun Sa Vérité a pris le temps de poser ses questions à Mathieu Robin.

Oui, mais c’est qui Mathieu Robin ?

Un jeune auteur en devenir, un touche-à-tout et un trentenaire talentueux qui prend le temps de faire des choses qui marquent le coup.

Portrait.

♦♦

A Chacun Sa Vérité: Nous sommes curieux de connaitre comment tu en es arrivé là…

Mathieu Robin: Au lycée, j’ai choisi de faire une classe A3, il y avait du cinéma, du théâtre, une option audiovisuelle, pour moi, ça collait bien. A cette époque, j’étais un peu bloqué par l’écriture et là, j’ai rencontré un prof qui m’a réconcilié avec l’écriture…

Je touchais déjà un peu au dessin avec la BD. Et puis ça a été une véritable révélation avec le cinéma. Enfin, je n’étais plus seul, le cinéma, ça mutualise les talents…! C’était un très bon moyen de communiquer, de travailler en équipe le son, la lumière…. Puis, j’ai fait une année d’Arts du spectacle, j’étais encore un peu jeune, peut-être un peu naïf. Je n’étais pas vraiment fait pour les études non plus. J’ai donc décidé de monter à paris pour essayer de faire des courts-métrages.

J’ai enchaîné les stages, je me suis occupé de la régie et de la logistique auprès des acteurs. Fallait que j’y arrive par moi-même et que je commence à gagner ma vie.

 Quand j’ai essayé de monter un projet à Paris, je me suis vite rendu compte que ce serait plus facile de monter mon projet dans ma région. Dans la capitale, je n’étais pas le seul et les demandes saturaient le secteur.

Je suis donc reparti en Province monter un dossier béton pour essayer d’avoir des fonds du terroir. Commission après commission, j’ai réussi à obtenir  20 000€ mais ça a été une production qui a géré cet argent pour que je puisse tourner un court-métrage. Il y a parfois de mauvaises expériences qui vous apprennent tout d’un métier.

Pour ce projet, j’ai fait toutes les erreurs du débutant, j’ai fait un film bancal qui n’a eu presque aucun retentissement mais j’ai appris une grosse partie de mon travail.

Puis Fleur Bleue a vu le jour et a pas mal été vu dans les festivals de court-métrage. Entièrement autofinancé par des producteurs, ce court-métrage a été mon premier rendu.

Puis, j’ai bossé sur un autre projet assez simple, j’ai rencontré d’autres producteurs. Je me suis lancé, j’avais 15 000€ de subventions Rhône-Alpes pour Pensée assise en 2001.

Il a eu des prix dans différents festivals. Par la suite, Actes Sud Junior s’est intéressé à ce projet et m’a proposé d’adapter le scénario et d’en faire un roman. J’ai eu la chance de travailler avec François Martin, l’éditeur brillant et formidable qui m’a accompagné sur ce nouveau challenge. Ça été un vrai travail de montage. Je me suis confronté pour la première fois à l’angoisse de la page blanche.

ACSV:  Pourtant, tu écris des scénarios ?

M. R. Oui, mais ce n’est pas du tout la même chose. Écrire un scénario, ça reste factuel. Le style n’a pas la même importance. J’étais d’ailleurs un peu complexé par mon style. D’ailleurs, je crois que je n’en ai pas (rires).

Il m’a donc fallu imaginer une voix off, ce qui m’a fortement décomplexé et ce qui m’aide assez souvent quand j’écris des scénarios, et je l’ai gardée pendant tout le temps de l’écriture. Écrire l’adaptation m’a permis d’ajouter des scènes en plus qui n’avaient pas pu être mises pour le court car au cinéma la moindre ligne, compte car elle a un coût.

ACSV: Tu as commencé à écrire et ça a donné quoi ?

M.R. C’est Carine Tardieu l’auteure de Les baisers des autres qui m’a conseillé la collection Ciné-roman chez Actes Sud Junior. Elle a lu le premier paragraphe de mon travail et elle y a apporté de très nombreuses corrections. Ca m’a aidé pour la suite. Et François [Martin] avait une approche de l’édition et du rapport avec l’auteur qui était très pertinente. J’ai donc été très vigilant.

ACSV: Et quand le livre a été publié, tu n’es pas resté dans ton coin….

M.R. Non, j’ai été rencontré des élèves de classes et de niveaux différents. Des lycéens, des collégiens. Dans des établissements scolaires mais aussi en bibliothèques.

Il y a toujours eu un bon échange avec les professionnels mais également avec les jeunes. Ça m’a permis de désacraliser le rôle d’auteur auprès d’eux. J’arrivais avec mon look « de gars normal », il avait du mal à croire qu’un auteur n’a parfois ni barbe ni cane…

ACSV: Toi qui n’avais pas écrit depuis le collège….

M.R. Oui, j’en étais assez fier !

ACSV: Quels ont été ensuite tes projets ?

M.R. J’ai travaillé avec Anna Novion sur le long métrage Les grandes personnes.

A ce moment là, Anna était étudiante. On a fait donc appel à Béatrice Colombier qui avait plus d’expérience et qui nous a bien aidés pendant cette année d’écriture. Même si j’ai été co-scénariste, c’est Anna qui a fait le plus gros du travail. Moi, j’ai juste apporté ma patte pour l’humour et les dialogues.

ACVS: Ça t’a donné envie d’écrire autre chose du même type ?

M.R. Oui, avec l’aide d’Anna Novion, je me suis mis à écrire un long-métrage. Avec l’aide d’un scriptdoctor, Philippe Barrière.

Le projet a d’abord été muri, s’est développé, il y a deux ans et ce, pendant une année. Il y a eu plusieursversions différentes-une quinzaine-avant d’arriver au résultat abouti. Le scénario est fini, les acteurs sont même presque choisis, j’ai un producteur mais pas de financement.

La crise nous fait traverser, à nous, réalisateurs et auteurs du cinéma français, une crise sans pareille. Moins 30 % de productions individuelles sortent chaque année à l’écran. Il est très difficile de s’affirmer dans un paysage prédominé par les blockbusters et les films d’auteurs à la fois. Les films du milieu- les films d’auteurs destinés à un public avec un budget moyen- ont beaucoup de mal à garder une vraie place.

Les écarts se creusent et nous en pâtissons. C’est vraiment dommage !

C’est donc, pour l’instant, un projet qui reste en stand-by.

ACSV: Quels sont tes projets ?

M.R. Il y a deux ans, j’ai écris le début d’un petit roman pour enfants, un roman qui fait frissonner. Mais l’éditeur veut un peu plus de matière, donc je dois me remettre sur l’écriture de ce projet qui m’enthousiasme.  Je m’y remets donc très bientôt !

A côté, j’ai eu quelques commandes pour des co-scénario. Et je bosse aussi en partenariat avec ma compagne sur un projet de biographie qui me permet d’écrire et de prendre beaucoup de plaisir. J’écris, je mets en scène des personnages, j’imagine des situations, c’est vraiment très intéressant.

Peut-être aussi que 2014 me permettra de travailler sur un autre court-métrage avec ou sans les subventions du CNC. En tous cas, le travail des acteurs comptera tout autant que l’intrigue en elle-même !

ACSV: D’ailleurs, tiens, qu’est-ce qu’il te faut pour bien écrire ?

M.R. De l’émotion. Un peu de musique me permet de bien écrire, d’être au plus près de mon ressenti et d’être vrai dans ce que j’écris et ce que je veux faire passer aux lecteurs. Mais je fais attention car je sais que ça créé beaucoup d’emphase et il s’agit de trouver l’équilibre.

La création, moi, ça me plait beaucoup, c’est positif, le retour est bel et bien présent quand tu t’approches de l’écriture littéraire, du roman alors que le cinéma c’est tellement harassant avant de pouvoir tourner et quand un scénario est écrit c’est là que tout commence! Il faut chercher les financements, réellement se battre avant de voir le résultat. Il faut être persévérant, avoir une énergie folle.

ACSV: Depuis que tu exerces dans le milieu du cinéma, as- tu fait une rencontre plus belle que les autres ?

M.R. Oui, j’ai eu la chance de rencontrer Albert Jacquard. Je voulais faire un court-métrage sur une de ces nouvelles. Mais je n’avais pas les subventions nécessaires. Mais la rencontre avec cet homme doté d’une sagesse incroyable m’a laissée un très bon souvenir.

ACSV: Et peux-tu nous dire que l est le livre que tu aimes lire et relire ?

M.R. J’aime beaucoup L’homme qui plantait les arbres de Jean Giono. J’aimerais raconter la même chose que lui, mais au cinéma. C’est de la poésie à l’état pur, une idée poétique de l’humanité. Alors dès que je perds foi en l’humain, je le relis et je me sens nettement mieux après.

♦♦

Merci Mathieu pour cette jolie rencontre.

Toute première pour A chacun sa vérité.

Merci !

 

 

 

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