En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

9782021117707_1_75Il aura fallu quelques jours de vacances loin de tout et quelques heures de vélo pour digérer ce texte.
Un roman qui vous prend aux tripes malgré les critiques, les avis et les multiples opinions des centaines voire des milliers de lecteurs qui vous font dire que Oui, et bien on lit on verra après mon propre avis.
Toujours pareil, quand les billets se multiplient et le succès enfle, moi, ça m’effraie.
J’ai peur. Peur de ne pas aimer, peur d’être déçue.
Mais quand un texte est fort, on ne peut pas grand chose contre les échos et la violence. Une fois la première page commencée, ce livre est difficile à lâcher et même s’il vous fait passer dans des états très contradictoires, gênants, très gênants, il vous ne laissera  pas indifférents.
Impossible.
Eddy, c’est un petit gars qui a grandi dans le nord de la France. En Picardie plus précisément. Là d’où on donne peu de nouvelles dans les journaux ou à la télévision si ce n’est pour conter des faits divers un peu sordides.
Bellegueule, c’est la famille qui vit de petits boulots à l’usine, de bouts de chandelle en fin de mois et de morale basée sur le plus simple, le pragmatique, le raccourci quoi. Quand Eddy grandit parmi les hommes et la fierté masculine mais que sa voix devient différente de ses frères et ses manières à l’opposé de ses cousins ou de son propre père, c’est la lente descente aux enfers. Raillé par sa famille, violenté par les camarades de classe qui deviennent vite ses bourreaux, il va mimer ce qui l’entoure.
Etre un petit dur pour aller contre sa nature et être accepté comme les autres. Mais la vie n’est pas si simple et quand l’inné et l’acquis se confrontent, il faut être fort pour sur-vivre.
Edouard Louis a pris la plume et c’était risqué.
Raconter l’homosexualité et la maltraitance psychologique dans un milieu quasi au-delà de la pauvreté, dans une misère humaine intellectuelle et matérielle telle qu’elle vous prend aux tripes était un pari presque impossible à relever sans se mettre les différentes classes sociales- de la plus basse à la plus haute, chacune pour leurs raisons- à dos.
Sans mettre les critiques bien pensantes face à un texte subjectif mais pas seulement. Sans mettre le lectorat au sein d’un texte caricatural.
A l’aide d’une structure qui peut sembler, à certains moments de la lecture, un peu décousue et déliée, il nous plonge dans l’univers de son enfance sans grande finesse et c’est voulu. La double narration, l’une par lui-même, Eddy puis Edouard et l’autre par ce qui l’entoure, sa mère, son père, le village, les autres quoi nous fait passer de l’autre côté du miroir bien des fois en nous laissant un pied dans le réel de l’auteur.
Le but est atteint, on se sent dans cette famille de la première à la dernière page, on imagine l’ambiance et l’odeur et pour peu que notre milieu d’origine ait été assez proche de celui décrit dans ce livre, on ressent les sensations et la peur. L’insécurité et l’envie de fuir l’irresponsabilité ou l’alcoolisme.
A Abbeville, Paris ou ailleurs, le déterminisme si bien décrit dans ces quelques pages, peut être remis en contexte et nous fait réfléchir sur son éducation, notre milieu et notre façon de s’en défaire ou, au contraire, de rester au plus près de ce que nos parents et famille ont pu nous inculquer. Ce n’est pas un lieu, une région qui importe ici mais cette classe dominée qui existe partout en France et dans le monde.
Contre notre gré, sans le vouloir, on assimile.
Eddy Bellegeule devenu Edouard Louis en est une des plus belles preuves. A 21 ans, le jeune homme nous donne une belle leçon. Aimer ou pas ce livre, là n’est pas la question, l’essentiel est de prendre du recul et de s’interroger sur ce que l’on choisit et ce que l’on subit et de renoncer ou d’accepter.
Un peu de sociologie à travers la voix d’un gamin ? Oui, c’est un peu ça sans être exactement vrai.

 

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis, Seuil, 2014

 

2 réflexions sur “En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s