Le cour des grandes de Adèle Bréaud

La cour des grandes-Adèle Bréau
Ecrire sur ce qu’on a aimé, c’est presque fastoche.
On y met beaucoup de son cœur, un peu de sa passion pour le sujet aimé et c’est emballé, pesé, on n’en parle plus.
Quand on a moins aimé, voire quand on a été carrément agacé, là, c’est un peu plus compliqué. Surtout quand il nous a été conseillé par quelqu’un de cher.
Mais bon, comme je ne suis pas une nana lâche, je me lance et je l’avoue : j’ai pas aimé.

Ce livre, pourtant, il m’a fait de l’œil. Via les mots d’Isa V. qui m’en a parlé avec enthousiasme. Via la couverture édulcorée qui attire et puis avec l’intrigue qui promettait peut-être un bon moment.
Mathilde, Lucie, Eva et Alice ont toutes la petite quarantaine et sont des femmes comme on en croise tous les jours. Des femmes actives, des mères de famille, des épouses qui doivent conjuguer vie pro et vie perso avec leurs lots de soucis et d’angoisse que la mixité génère.
Parisiennes et fières de l’être, elles ont toutes leurs petites caractéristiques qui en font des personnages auxquels il serait aisé de s’attacher. Sauf que, c’est ici même que la bât blesse.
Dès les premières pages, les portraits sont esquissés à coup de stéréotypes qui fleurissent comme des mauvaises herbes et qui nous interrogent. Est-ce que je vais devoir subir cet ajout de clichés jusqu’au bout ?
On prend peur, on s’agace voire on s’énerve un peu, disons-le, contre cette image que diffuse l’auteure;  est-ce ainsi que les Parisiennes vivent ? 
Après réflexion, on prend la décision de poursuivre et d’aller jusqu’au dénouement qui nous offrira peut-être une belle surprise dénuée de déjà vus et de préjugés.
Peut-être.
C’est pas mal écrit même quand on ne se reconnait pas du tout dans ces nanas qui ont tout pour être heureuse mais qui pourtant flirtent avec le suicide social et physique. Ça se lit bien même quand on n’a pas envie de lire 400 pages durant une liste de marques que pour la plupart vous ne connaissez pas.
De page en page, j’ai découvert ces quatre femmes en mal d’amour. Du vrai. Celui de la famille bienveillante, des amis proches de soi. Ces femmes qui en ont marre de la routine dans laquelle nous sommes tous d’un côté ou d’un autre. Qui ont eu des enfants parce qu’il fallait en faire mais qui les aiment malgré tout.
J’ai découvert leurs mensonges, leur malaise et j’ai eu un peu peur. Peur d’être comme elles, aujourd’hui ou demain, sans même que moi-même et mon entourage ne s’en aperçoive.
Car à la fin, un des message que l’on lit en filigrane est celui du refus de la routine qu’on ne veut veut vivre en rentrant chez nous le soir, nous asseoir dans notre canapé, regarder  la TV et ne faire l’amour que quelques fois avec son conjoint…
Que le bonheur est surement ailleurs. Oui, surement.
Ou pas. Mais où ?

C’est peut-être ça qui m’a le plus turlupinée à la lecture de ce roman.

Peut-être Adèle Bréau, cette working girl affirmée, a-t-elle voulu dénoncer en constatant, en décrivant, en nous invectivant finalement et en nous poussant dans nos retranchements.
Mais qu’a-t-elle d’autre comme idéal à proposer ? En tant que personnages, personnes ordinaires que nous sommes nous lecteurs et en tant qu’auteur ?
J’ai, certes, trouvé les personnages détestables, agaçants et je me suis sentie, lectrice méprisée mais je n’ai pas trouvé ce livre mauvais au sens littéral.
Ce livre a pour défaut de dépeindre une minorité de la société comme image un peu généralisée du Parisien bobo. C’est dommage car, malheureusement, il ne s’adresse pas à tous les lecteurs.
Et pour ma part, la littérature devrait arriver à ça. A toucher le plus de lecteurs possibles même si le profil est loin du sujet abordé…
Une grosse déception certes mais qui a eu le mérite de me faire réagir.
Pour les plus motivés, la suite vu du côté hommes existe.

La cour des grandes, Adèle Bréau, JC Lattès, 2015.

 

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