Avant que ma voix ne s’éteigne de Robert Hébras et Laurent Borderie

Avant que ma voix ne s'éteigneIl y a des lieux qui impressionnent, des endroits qui fichent la chair de poule et vous embarquent 70 ans plus tôt en vous faisant dire que vous êtes décidément né au bon endroit, au bon moment.
Oradour-sur-Glane fait un peu cet effet.

De passage dans la région, notre visite ne fut pas sans émotions. Il faut dire que c’est pas gai-gai comme lieu de mémoire mais on était prévenus. Mais de là à imaginer ce pouvoir de fascination, on n’en était loin.
Et on en est sortis un peu sonnés. 
Raccrochés à un groupe de collégiens dont les mines défaites ( à cause de l’effroi de la visite ou par simple effet puberté ?) nous ont donné envie de passer un petit bout de visite avec eux, nous  en avons appris un peu plus grâce à la guide qui avait le talent d’intéresser son auditoire.
Grâce à elle, nous avons su que deux survivants vivaient encore dans la ville reconstruite et prenaient parfois le temps de transmettre aux groupes de jeunes de passage leur mémoire, leur ressenti de ce qu’ils ont vécu. Nous avons levé un sourcil d’étonnement et nous nous sommes dits que leur pouvoir de résilience devait être bien au-dessus du nôtre.
Puis, nous sommes entrés dans le village laissé presque comme tel depuis le 10 juin 1944 après le massacre de plus de 600 personnes par des soldats allemands. Il a bien poussé ici et là des herbes folles, des écriteaux ont été ajoutés pour informer le visiteur mais on imagine assez bien comment pouvait être l’ambiance de l’époque.
C’est un village fantôme qui s’offre à nous et le silence est de mise. Il y a peu d’endroits qui m’ont fait ressentir ce que j’ai pu ressentir dans ces rues, près de ces maisons ou de la ligne de tramway laissée, elle-aussi, en l’état.
Puis, nous avons rejoints un groupe de militaires- uniformes décontractés, silence de rigueur- accompagné d’un homme. Nous avons écouté. Nous avons compris que cet homme qui racontait était un des survivants de cette sombre journée.
Un homme âgé qui semble pourtant l’homme qu’il devait être ce jour-là.
Alerte, émouvant, juste dans son récit. Ici, pas de pathos et rien qui laisse présager ce qu’il a pu endurer. Le simple fait d’être face à lui et à la survie de l’humanité face à cette horreur suffit pour ressentir de nombreuses émotions en commençant par l’admiration.
Ainsi, le récit- court et intense- qu’il a pu écrire à quatre mains avec Laurent Borderie est un véritable miroir de son histoire, de sa tragédie à lui. La lecture de ce livre écrit sur le ton de l’interview, nous raconte sa famille, sa vie de l’époque et les circonstances.
C’est un récit qui va au-delà du fait historique et qui nous fait regarder le massacre d’un œil tout différent.
Ne nous le cachons pas, c’est un fait de notre histoire française qui aurait pour tendance de nous fasciner. Ce texte permet de lever des fantasmes et d’en savoir plus sans être voyeuriste ou curieux.
Un livre qui marque et qui donne l’envie de lire davantage de livres sur la période.
Un homme qui touche et qui fait réfléchir sur le pouvoir de résilience, le courage, la survie, l’identité et la vie. Âgé de 95 ans, Robert Hébras nous fait nous poser une ultime question : faut-il avoir vécu un événement aussi intense pour vivre une longue vie ?

Avant que ma voix ne s’éteigne de Robert Hébras et Laurent Borderie, Elytel Editions, 2014

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